Il faut se rendre à l’évidence : les journalistes ne sont plus seuls en première ligne à pouvoir rapporter des faits. Cette citation trouvée sur un blog illustre parfaitement ce que je pense aujourd’hui :
« On avait coutume de dire que le journalisme était le « premier brouillon de l’histoire ». Les journalistes citoyens ont toutefois supplanté les médias traditionnels dans les moments de tumulte et de crise ; ils sont devenus les véritables narrateurs du « premier brouillon » que les médias de masse doivent maintenant citer afin de pouvoir conserver toute pertinence. »
Ces mots sont du journaliste américain Al Giordano sur le blog politique « The Field ».
Lors de quelques événements survenus ces deux dernières années (avion dans l’Hudson, séismes en Chine et Haïti, manifestations en Iran, pour ne retenir que les plus marquants), les premiers témoins n’ont pas seulement été mis à contribution pour témoigner. Ils ont aussi très rapidement été producteurs de contenu, sans qu’on leur ait demandé quoi que ce soit. Leurs photos et vidéos, parfois commentées en temps réel, ont été diffusées et ont servi à informer.
Les journalistes ont fait appel à eux. En Haïti par exemple, les connexions Internet par satellite ont permis à certains internautes de rendre compte en temps réel de la situation dans leur pays. On a ainsi vu, dans les heures suivant le séisme, des duplexes par téléphone ou Skype où ces internautes intervenaient régulièrement comme des journalistes. Ils commentaient leurs images comme l’aurait fait un reporter.
Pour les premières heures suivant le séisme, les médias de masse n’avaient quasiment que ces productions citoyennes à se mettre sous la dent. Il fallait pourtant couvrir cet événement. Les témoignages et productions des internautes haïtiens glanées sur le web ont donc servi de caution. Il y a évidemment eu quelques ratés. La très sérieuse AFP s’est elle aussi plantée dans ses règles de procédure, diffusant une vidéo du net non vérifiée et induisant en erreur plusieurs chaînes françaises.
Les journalistes citoyens ont été, une fois encore, les écrivains des « premiers brouillons de l’histoire », les journalistes n’arrivant que dans un deuxième temps. Ne pas être les premiers sur l’info, dur pour les journalistes de l’ancien temps, ce sera pourtant de plus en plus le cas. Être hyper connecté, savoir dénicher, vérifier et hiérarchiser l’info, c’est ce que vont de plus en plus demander les lecteurs, qui sont eux aussi des producteurs d’information.
[photo : Dj£ via Flickr]








Étudiants-journalistes : vendre sa griffe plutôt que sa marque
21 08 2009Le 19 août, un billet a été publié sur le blog MediaShift (du réseau public américain de télévision, Public Broadcasting Service) : « Journalism Students Need to Develop Their Personal Brand » (traduction : « les étudiants en journalisme doivent développer leur marque personnelle »).
Depuis deux jours, les plus branchés des étudiants-journalistes se gargarisent ; ils ont relayé l’article sur les réseaux sociaux (twitter, facebook ou friendfeed), certains l’ont même commenté sur leur blog.
En fait, ce billet se veut un peu évangélisateur mais ne révolutionne rien du tout ; tout le monde doit gérer son identité en ligne. Une « marque personnelle », c’est tout simplement avoir une vie en ligne.
Il ne faut pas prendre brand au sens premier. Ici, c’est son nom personnel qu’il faut comprendre. Certes, « avoir un site Internet qui reflète votre identité professionnelle est votre carte de visite digitale » comme l’écrit Alfred Hermida. Mais nous avons tous, qu’on le veuille ou non, déjà des traces nous concernant sur la toile. Et plutôt que de construire une marque (ex.: un pseudo), contrôlons déjà celle qui existe. Ensuite, continuons à la construire. Il convient d’abord de savoir gérer sa propre identité réelle. Commençons par utiliser notre vrai nom, et pas une marque créée de toute pièce. Un journaliste se vend auprès de ses employeurs potentiels, actuels ou futur, se construit une image, mais il doit avant tout « être lui-même ». « Il n’y a nulle part où se cacher sur le web », pourquoi vouloir se cacher derrière une marque ?
Plus que son nom, c’est une personnalité et ce qu’elle crée qu’il faut vendre. Cette réputation/image doit se compléter en ligne comme hors-ligne. Ce que l’étudiant-journaliste a à construire et à vendre, c’est une griffe. Sa griffe.
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