Étudiants-journalistes : vendre sa griffe plutôt que sa marque

21 08 2009

mediashift

Le 19 août, un billet a été publié sur le blog MediaShift (du réseau public américain de télévision, Public Broadcasting Service) : “Journalism Students Need to Develop Their Personal Brand” (traduction : “les étudiants en journalisme doivent développer leur marque personnelle”).
Depuis deux jours, les plus branchés des étudiants-journalistes se gargarisent ; ils ont relayé l’article sur les réseaux sociaux (twitter, facebook ou friendfeed), certains l’ont même commenté sur leur blog.

En fait, ce billet se veut un peu évangélisateur mais ne révolutionne rien du tout ; tout le monde doit gérer son identité en ligne. Une “marque personnelle”, c’est tout simplement avoir une vie en ligne.

Il ne faut pas prendre brand au sens premier. Ici, c’est son nom personnel qu’il faut comprendre. Certes, “avoir un site Internet qui reflète votre identité professionnelle est votre carte de visite digitale” comme l’écrit Alfred Hermida. Mais nous avons tous, qu’on le veuille ou non, déjà des traces nous concernant sur la toile. Et plutôt que de construire une marque (ex.: un pseudo), contrôlons déjà celle qui existe. Ensuite, continuons à la construire. Il convient d’abord de savoir gérer sa propre identité réelle. Commençons par utiliser notre vrai nom, et pas une marque créée de toute pièce. Un journaliste se vend auprès de ses employeurs potentiels, actuels ou futur, se construit une image, mais il doit avant tout “être lui-même”. “Il n’y a nulle part où se cacher sur le web”, pourquoi vouloir se cacher derrière une marque ?

Plus que son nom, c’est une personnalité et ce qu’elle crée qu’il faut vendre. Cette réputation/image doit se compléter en ligne comme hors-ligne. Ce que l’étudiant-journaliste a à construire et à vendre, c’est une griffe. Sa griffe.





Rich media : l’université en avance sur les grandes écoles

30 06 2009

Il le dit tout de go : il veut former des « chefs d’orchestre ». « Ce qu’on fait est une première. On est des outsiders. À nous d’être innovants et de prendre des risques ». Et il sait de quoi il parle. Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique, n’en est pas à son coup d’essai en matière de formation au journalisme. Il a notamment participé à la création d’écoles de journalisme à Sciences Po Paris, Nice et Genève. Mais c’est la première formation orientée rich media à laquelle il donne l’impulsion. Dès la rentrée 2009, une licence professionnelle mention activités et techniques de communication spécialité journalisme et médias numériques sera lancée. Cela se passe à l’Université Paul-Verlaine de Metz (Moselle).

© UPV-M

Une vingtaine de places disponibles pour des étudiants ayant déjà validé au moins deux années post-bac. « La majorité a toutefois une licence ou une année de master », précise Arnaud Mercier. Sur les 81 dossiers reçus, 56 ont été pré-sélectionnés par une première commission. Les profils sont très variés. « Un gros tiers des candidats aux écrits viennent d’info-com à l’université de Metz. Certains ont souhaité rester une année supplémentaire à l’université pour profiter de cette formation unique. Il y a aussi par exemple trois BTS audiovisuel, mais aussi un étudiant qui sort d’un IUT de journalisme et qui a candidaté pour cette formation spécifiquement web ».

« Globalement, je les ai trouvés plutôt bons », avoue Arnaud Mercier. Les tests d’entrée étaient assez similaires à ceux que l’on propose aux étudiants qui souhaitent intégrer une école de journalisme : dictée (30 min), test de compréhension d’anglais (2h), rédaction d’article à partir d’un dossier (2h30), test de connaissance d’actualité et de culture générale (1h, sous forme de tableaux croisés). Après cette phase de pré-sélection, il reste aujourd’hui une trentaine d’étudiants à départager par des oraux qui auront lieu le 2 juillet prochain.

Un webzine pour seul journal école

« Ce que l’on propose, c’est l’avenir inéluctable du journalisme. Si l’approche fondamentale du métier reste la même, la compétence forte chez nous, ce sera le web. » Ceci se traduit par exemple par la volonté de mettre en ligne les productions des étudiants sur un site Internet. Pas question de faire un magazine papier. Quant aux reportages, ils devront comporter deux supports minimum (texte + son ou vidéo et photo), des liens, etc.

Pour Arnaud Mercier, il faut que ça devienne « évident » d’avoir une approche pluri-médias, « que les étudiants le portent en eux-mêmes et pas dans la complémentarité avec les autres. Je ne vois pas pourquoi ce n’est pas déjà évident de rentrer dans cette logique ».

Le cadre de l’université de Metz est favorable puisque le campus a développé depuis de nombreuses années une grosse culture informatique. La salle de cours de la licence pro sera une salle informatique. Les étudiants disposeront de caméras (notamment des mini-DV), de matériel de prise de son, d’appareils photos, d’une cabine d’enregistrement, de bancs de montage.  « J’ai dit que je n’ouvrirais pas si nous n’étions pas bien équipés », explique Arnaud Mercier. 75 000 euros de crédits d’équipement devraient arriver de la communauté d’agglométation Metz Métropole et de la Région. Une demande de subvention FEDER est aussi en marche.

Le pari de cette formation, qui est aussi un risque que reconnaît Arnaud Mercier, c’est que l’« on zappe la culture générale au profit de la culture Internet. On veut fabriquer des journalistes et des fins connaisseurs d’Internet. Je voudrais que mes étudiants soient porteurs d’innovation. En France, on peut être précurseurs et pilotes. On observe un nivellement des performances créatives ces dernières. Tout ne se passe plus uniquement aux États-Unis. »

J’avais invité les utilisateurs de twitter à poser leurs questions à Arnaud Mercier. Voilà ses réponses (vidéo réalisée avec un iPhone, faute de mieux sous la main) :

Merci à Guillaume Narvic (@narvic), Laurent Dupin (@ldupin), Mélissa Bounoua (@misspress), Cédric Motte (@chouing) et Antoine Bayet (@fcinq) pour leurs questions.

A lire aussi : « Arnaud Mercier, le pari du web journalisme », par Florent Potier sur le site de l’hebdomadaire La Semaine.

UPDATE le 2 juillet 2009 : Liste des admis pour la 1ère promotion [.pdf]








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