Dans mon billet d’hier, je m’interrogeais sur les risques de ce que j’ai appelé le “indoor journalism” (ou desk journalism, si vous préférez). Référence à ces “forçats de l’info” qui ne mettent quasiment pas le nez dehors et restent devant leur écran, fil AFP, twitter, mail branchés, et téléphone à portée de main. Et pourtant, la profession va de plus en plus avoir besoin de “techniciens de l’info”, des SR statiques hyperconnectés et hyperqualifiés, pour faire l’interface entre le journaliste sur le terrain, la publication du contenu et l’animation de communauté qui va avec.
Actuellement, lors des “événements importants” (tremblements de terre, grands procès, voyages présidentiels, etc), les sites de presse font du « bâtonnage de dépêches » pour un suivi en temps réel. Un journaliste est pourtant présent sur le lieu de l’événement en question, pour le même titre ou groupe de presse, mais souvent pour la rédaction papier. Son article quotidien ou hebdomadaire publié dans le papier est aussi mis sur le site, après publication. Mais il n’écrit que très rarement un papier destiné uniquement au site Internet.
Un glissement va s’effectuer progressivement dans les mois qui viennent. Les journalistes web vont être envoyés en première ligne sur le terrain. Ces jeunes journalistes qui étaient habitués à travailler en milieu fermé, à faire du desk, vont sortir, « humer l’info » en vrai.
Comme l’a expliqué Lucas Menget, grand reporter “mojo” à France 24, invité par Philippe Couve dans l’Atelier des médias sur RFI (player à 515), le reporter sur le terrain est « avant tout reporter », il doit donc « aller à la rencontre des gens », ce doit être « sa priorité absolue ». Il ne peut donc pas s’attarder sur des soucis de mise en ligne. Lucas Menget se pose aussi la question de savoir si le métier de journaliste sur le terrain est « d’être en relation constante avec les gens qui le regardent ou qui l’écoutent ». Il évoque même un « petit aspect dangeureux » de la chose.
Vont donc, de facto, se créer de nouveaux postes “spécifiquement desk”. Leur boulot ? Être l’intermédiaire entre le journaliste et les webspectateurs.
En amont, ce “journaliste de bureau” aura un rôle de “recherchiste” — comme on les appelle au Québec — : quête de sujets à décortiquer et de gens à interviewer, préparation des dossiers dont s’inspirera le journaliste pour explorer un sujet. Mais en cas d’actu chaude, dès l’annonce d’un événement majeur, ce recherchiste fera du fast checking, de la vérification rapide d’information. Son objectif sera de préparer un dossier pour le journaliste-web qui se rendra sur le terrain et de faire une première analyse.
Ensuite, il aura un rôle de SR : la relecture, remise en forme du contenu, travail sur la titraille. Puis la véritable mise en ligne sur le site de l’article. Et enfin l’animation rédactionnelle de communauté, le côté conversationnel. Ce SR 2.0 ne sera pas un simple technicien, ce sera un journaliste à part entière, mais un journaliste d’intérieur.
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Le titre de ce billet est inspiré d’un échange sur twitter avec Olivier Tesquet.

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