Arrêtons de parler de “nouveaux médias”

3 01 2010

En janvier 2009, les états généraux de la presse écrite proposaient de “réfléchir à la création d’un laboratoire des nouveaux médias“. Un an plus tard, une de mes résolutions est d’arrêter de parler de “nouveaux médias”.

L’expression “nouveaux médias” est semble-t-il née dans les années 70. Elle était alors utilisée pour qualifier HBO, chaîne thématique disponible par le câble aux États-Unis. Aujourd’hui, qu’appelle-t-on “nouveaux médias” ? L’Internet, ses canaux et ses contenus.

Qu’y a-t-il donc de nouveau ? Internet n’est plus tout jeune, se démocratise, ses usages évoluent vers la mobilité (qui a un iPhone, HTC ou BlackBerry ici ?), etc. Ceux que l’on appelait il y a encore quelques années “nouveaux médias” sont maintenant des médias, tout simplement. Pas dans le sens journalistique, mais dans le principe même de diffusion de contenu. Par exemple, je suis mon propre média en ayant des comptes YouTube, DailyMotion, Twitter ou ce blog que vous êtes en train de lire.

Plutôt que de nouveaux médias, préférons nouveaux supports (ils arrivent) et nouvelles formes de narration (on va se régaler dans les mois qui viennent).

Bonne année 2010 à toutes et à tous !

PS : par contre, je pense continuer à parler de “médias traditionnels” (ou vieillissants) ;-)

[photo : thms.nl via Flickr]





Vers des journalistes “spécifiquement desk” ?

10 06 2009

Dans mon billet d’hier, je m’interrogeais sur les risques de ce que j’ai appelé le “indoor journalism” (ou desk journalism, si vous préférez). Référence à ces “forçats de l’info” qui ne mettent quasiment pas le nez dehors et restent devant leur écran, fil AFP, twitter, mail branchés, et téléphone à portée de main. Et pourtant, la profession va de plus en plus avoir besoin de “techniciens de l’info”, des SR statiques hyperconnectés et hyperqualifiés, pour faire l’interface entre le journaliste sur le terrain, la publication du contenu et l’animation de communauté qui va avec.

ton3vita - flickr - CC

Actuellement, lors des “événements importants” (tremblements de terre, grands procès, voyages présidentiels, etc), les sites de presse font du « bâtonnage de dépêches » pour un suivi en temps réel. Un journaliste est pourtant présent sur le lieu de l’événement en question, pour le même titre ou groupe de presse, mais souvent pour la rédaction papier. Son article quotidien ou hebdomadaire publié dans le papier est aussi mis sur le site, après publication. Mais il n’écrit que très rarement un papier destiné uniquement au site Internet.

Un glissement va s’effectuer progressivement dans les mois qui viennent. Les journalistes web vont être envoyés en première ligne sur le terrain. Ces jeunes journalistes qui étaient habitués à travailler en milieu fermé, à faire du desk, vont sortir, « humer l’info » en vrai.

Comme l’a expliqué Lucas Menget, grand reporter “mojo” à France 24, invité par Philippe Couve dans l’Atelier des médias sur RFI (player à 515), le reporter sur le terrain est « avant tout reporter », il doit donc « aller à la rencontre des gens », ce doit être « sa priorité absolue ». Il ne peut donc pas s’attarder sur des soucis de mise en ligne. Lucas Menget se pose aussi la question de savoir si le métier de journaliste sur le terrain est « d’être en relation constante avec les gens qui le regardent ou qui l’écoutent ». Il évoque même un « petit aspect dangeureux » de la chose.

Vont donc, de facto, se créer de nouveaux postes “spécifiquement desk”. Leur boulot ? Être l’intermédiaire entre le journaliste et les webspectateurs.

En amont, ce “journaliste de bureau” aura un rôle de “recherchiste” — comme on les appelle au Québec — : quête de sujets à décortiquer et de gens à interviewer, préparation des dossiers dont s’inspirera le journaliste pour explorer un sujet. Mais en cas d’actu chaude, dès l’annonce d’un événement majeur, ce recherchiste fera du fast checking, de la vérification rapide d’information. Son objectif sera de préparer un dossier pour le journaliste-web qui se rendra sur le terrain et de faire une première analyse.

Ensuite, il aura un rôle de SR : la relecture, remise en forme du contenu, travail sur la titraille. Puis la véritable mise en ligne sur le site de l’article. Et enfin l’animation rédactionnelle de communauté, le côté conversationnel. Ce SR 2.0 ne sera pas un simple technicien, ce sera un journaliste à part entière, mais un journaliste d’intérieur.


Le titre de ce billet est inspiré d’un échange sur twitter avec Olivier Tesquet.





Le danger du ‘indoor journalism’

9 06 2009

Perdus entre “air du temps” et “humeur du moment”, privilégiant de plus en plus l’actualité du jour à l’observation rigoureuse sur le plus long terme, on oublie parfois l’essentiel : sortir.

Le musée de la presse (charles_nouyrit - Flickr - CC)

C’est un conseil que donne tout journaliste de la « vieille école » aux jeunes qui se lancent dans le métier : humer. Sortir pour respirer et sentir ce qui se passe autour de soi. Cela passe par des choses simples : aller boire un café dans un bistrot plutôt qu’à la rédaction le matin, ou sortir boire une bière (un verre de vin, ou un Perrier, c’est selon) après une journée de travail. Bref, rencontrer des gens extérieurs à la profession, tendre l’oreille aux discussions de comptoir. Écouter battre le cœur de la « France d’en bas », comme disait un ancien Premier ministre. Ce n’est pas chose facile, alors qu’il faut être à 100 % et à 1000 à l’heure tous les jours. Mais il faut savoir trouver le temps.

Le flux d’information est tel que l’on oublie parfois cette chose essentielle du métier. Elle est pourtant valable aussi bien pour les journalistes de PQR au fin fond du Calvados (j’étais à Vire l’été dernier), que pour les journalistes d’une rédaction web parisienne. Le débat autour des « forçats de l’info », lancé par la publication d’un article de Xavier Ternisien dans Le Monde, qui dénonçait les conditions de travail dans les rédactions sur les sites de presse, est là pour nous le rappeler. Ce papier a eu le mérite de « faire émerger une conscience [des journalistes travaillant sur le web] », comme l’a dit Vincent Glad. Et de susciter beaucoup de réactions, mais surtout beaucoup de questions.

Un « nouveau métier qui a ses propres codes » a été inventé depuis quelques temps, celui de « journaliste web ». Il reste mal compris par « les gens du papier », c’est vrai. Ce que les gens du papier ne comprennent vraiment pas, c’est que les journalistes web donnent l’impression de peu sortir, d’être « comme des poulets en batterie » devant leur écran. C’est chose vraie dans un certain nombre de rédactions web où se fait du « bâtonnage de dépêches » et où, en dehors d’événements exceptionnels (du type Congrès de Reims), les journalistes ne sortent que très peu de leur bocal. Le seul contact avec le “monde extérieur” (si vous me le permettez), c’est le téléphone. De même, Twitter ne doit pas empêcher de sortir (lire ce billet). S’enfermer, faire du indoor journalism, c’est très dangereux pour la profession et l’image qu’elle donne d’elle-même. Le problème est aussi interne. Les rédactions papier et web étant globalement séparées au sein des médias français, les crispations en interne — qui ne sont pas nouvelles — sont exacerbées.

Certes, le web est dorénavant « une source d’information à part entière » et « un nouveau terrain de reportage ». Mais « il ne remplace par le travail de terrain » comme l’a, à juste titre, rappelé Johan Hufnagel, rédacteur-en-chef de Slate.fr, dans l’émission Arrêt sur images du 5 juin. Cela commence déjà, mais dans un avenir proche, les journalistes web seront en première ligne sur le terrain là où aujourd’hui ce sont ceux du papier.

Cette présence sur le terrain au quotidien — et pas seulement lors des grands événement — est une question essentielle dont il faudra discuter dans les jours et semaines à venir. Des occasions se présentent et sont ouvertes à tous les journalistes :

- le lancement du Djiin, association pour le développement du journalisme, de l’information et de l’innovation numérique. Un « café des OS » est prévu le jeudi 18 juin.

- un premier « débat des forçats de l’info », qui se tiendra le 23 juin prochain à l’école de journalisme de Sciences Po.

La profession se regarde peut-être trop le nombril (aux dires de certains), mais c’est un passage qui semble s’avérer plus que nécessaire. Que les lecteurs nous pardonnent.








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