Étudiants-journalistes : vendre sa griffe plutôt que sa marque

mediashift

Le 19 août, un billet a été publié sur le blog MediaShift (du réseau public américain de télévision, Public Broadcasting Service) : « Journalism Students Need to Develop Their Personal Brand » (traduction : « les étudiants en journalisme doivent développer leur marque personnelle »).
Depuis deux jours, les plus branchés des étudiants-journalistes se gargarisent ; ils ont relayé l’article sur les réseaux sociaux (twitter, facebook ou friendfeed), certains l’ont même commenté sur leur blog.

En fait, ce billet se veut un peu évangélisateur mais ne révolutionne rien du tout ; tout le monde doit gérer son identité en ligne. Une « marque personnelle », c’est tout simplement avoir une vie en ligne.

Il ne faut pas prendre brand au sens premier. Ici, c’est son nom personnel qu’il faut comprendre. Certes, « avoir un site Internet qui reflète votre identité professionnelle est votre carte de visite digitale » comme l’écrit Alfred Hermida. Mais nous avons tous, qu’on le veuille ou non, déjà des traces nous concernant sur la toile. Et plutôt que de construire une marque (ex.: un pseudo), contrôlons déjà celle qui existe. Ensuite, continuons à la construire. Il convient d’abord de savoir gérer sa propre identité réelle. Commençons par utiliser notre vrai nom, et pas une marque créée de toute pièce. Un journaliste se vend auprès de ses employeurs potentiels, actuels ou futur, se construit une image, mais il doit avant tout « être lui-même ». « Il n’y a nulle part où se cacher sur le web », pourquoi vouloir se cacher derrière une marque ?

Plus que son nom, c’est une personnalité et ce qu’elle crée qu’il faut vendre. Cette réputation/image doit se compléter en ligne comme hors-ligne. Ce que l’étudiant-journaliste a à construire et à vendre, c’est une griffe. Sa griffe.

Publicités

8 commentaires sur « Étudiants-journalistes : vendre sa griffe plutôt que sa marque »

  1. « les plus branchés des étudiants-journalistes »

    A propos de « branché », le Trésor de la Langue Française nous dit :

    « Vieilli, littér. [En parlant d’une pers.] Qui est pendu à un arbre, à une potence. Il y avait là force gens branchés (BANVILLE, Gringoire, 1866, p. 29); le gibet où ils seront branchés (T. GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 469). »

    A choisir, je préfère être out-to-date.

  2. @ l’adorateur de Mandryka : J’ai des nouvelles du Trésor, moi aussi. Quatre fois l’an. Pour ce qui est de la langue française, je ne suis pas certain, mais côté chiffres il s’y entend.
    La langue française est riche, certes. Il n’y a peut-être plus qu’elle, de nos jours, pour être riche. Cela ne signifie pas qu’elle soit figée. Toute idée qui se fige porte en elle le germe de son antagonisme (c’est une citation, je vous laisse retrouver l’auteur). Une langue figée est une langue morte.

    @Steven : une marque peut être un vrai nom, il ne s’agit pas forcément de se trouver un pseudonyme ou un nom de marque au sens classique (logo, signature, nom déposé, des copyrights et des registered partout…). Vincent Glad est une marque, par exemple.
    Pour le reste, le culte de la transparence me laisse un goût étrange, et même un journaliste peut avoir une identité d’emprunt. Les pseudonymes existent dans la profession. Qu’entends-tu par être soi-même ? Au sens positif du terme, une façon de s’affirmer, je ne sais pas ce que cela signifie. Au sens passif, ne pas travestir sa pensée et ses opinions, là je comprends mieux et je souscris.

  3. Rien à ajouter, cette mise au point semble tomber bien là où il faut.
    Du sur-mesures à la Steven Jambot.
    Bon, pour enfoncer le clou, vous pouvez constater sur Google News US qu’il est de plus en plus courant de pouvoir suivre un journaliste en particulier plutôt qu’une publication.
    Parler de SON journal, Libé, France-Soir, l’Huma, etc., n’a plus de sens aujourd’hui. Par exemple Marianne n’est pas MON hebdo, mais j’aime bien les billets de Sylvain Lapoix.
    En un mot on choisit « une griffe », comme le dit Steven.
    Quand on pourra suivre le flux d’une plume, on y verra peut-être plus clair et on parlera de l’avenir des journalistes plutôt que de l’avenir des journaux.

  4. D’accord avec le commentaire de Desirade.
    Imposer leur griffe, ou marque, ou nom (je ne suis pas sûr que le distinguo de Steven soit totalement pertinent) rendra les journalistes (et là aussi, le terme est sans doute dépassé) plus fort que les journaux où ils publient. Les marques individuelles ont plus d’avenir que les marques aggrégatives (de talents individuels).

  5. C’est d’autant plus vrai que l’internaute a pris l’habitude de chercher sur le Web les productions d’une personne (qui, donc, s’est « fait un nom »), au moins autant qu’il a élu des sites comme ses favoris. C’est encore vrai dans la mesure où l’agrégation ne me semble pas coïncider avec les nécessités de différenciation et d’indépendance qui sont peut-être deux clés de la survie d’un journalisme digne de ce nom (j’ai posté ici à ce propos : http://www.lepost.fr/article/2009/08/28/1672962_pour-survivre-le-journalisme-ne-doit-pas-imiter-mais-se-differencier.html)

  6. Intéressant… quand je lis cultiver une griffe (j’aime bien mieux que « marque ») et être soit même, sans vouloir être pompeux, j’imagine cultiver son propre savoir faire, une spécialité soit dans un domaine soit dans une manière de le traiter… mais les journalistes faisaient déjà ça avant non?
    Quand à mettre en avant son nom ou sa plume… je trouve ça un brin déplacé et finalement assez antagoniste avec ce que les « gens du web » ont un temps essayé de dire à ceux du papier dont les cheville enflaient parfois: « les gens n’achètent pas un journal pour votre plume ». Il n’y a que très peu de gens pour lire qui dit quoi, souvent ce ne sont que les gens du milieux journalistique ou proche… alors le web reproduit-il les erreurs du papier?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s