Étudiants-journalistes : vendre sa griffe plutôt que sa marque

mediashift

Le 19 août, un billet a été publié sur le blog MediaShift (du réseau public américain de télévision, Public Broadcasting Service) : « Journalism Students Need to Develop Their Personal Brand » (traduction : « les étudiants en journalisme doivent développer leur marque personnelle »).
Depuis deux jours, les plus branchés des étudiants-journalistes se gargarisent ; ils ont relayé l’article sur les réseaux sociaux (twitter, facebook ou friendfeed), certains l’ont même commenté sur leur blog.

En fait, ce billet se veut un peu évangélisateur mais ne révolutionne rien du tout ; tout le monde doit gérer son identité en ligne. Une « marque personnelle », c’est tout simplement avoir une vie en ligne.

Il ne faut pas prendre brand au sens premier. Ici, c’est son nom personnel qu’il faut comprendre. Certes, « avoir un site Internet qui reflète votre identité professionnelle est votre carte de visite digitale » comme l’écrit Alfred Hermida. Mais nous avons tous, qu’on le veuille ou non, déjà des traces nous concernant sur la toile. Et plutôt que de construire une marque (ex.: un pseudo), contrôlons déjà celle qui existe. Ensuite, continuons à la construire. Il convient d’abord de savoir gérer sa propre identité réelle. Commençons par utiliser notre vrai nom, et pas une marque créée de toute pièce. Un journaliste se vend auprès de ses employeurs potentiels, actuels ou futur, se construit une image, mais il doit avant tout « être lui-même ». « Il n’y a nulle part où se cacher sur le web », pourquoi vouloir se cacher derrière une marque ?

Plus que son nom, c’est une personnalité et ce qu’elle crée qu’il faut vendre. Cette réputation/image doit se compléter en ligne comme hors-ligne. Ce que l’étudiant-journaliste a à construire et à vendre, c’est une griffe. Sa griffe.

Les journalistes vont-ils utiliser friendfeed ?

Le récent rachat de FriendFeed par facebook m’amène à m’interroger sur la potentialité de voir débarquer les journalistes sur friendfeed. Je pense que cela n’arrivera pas. Et ce pour plusieurs raisons :

– twitter est une source d’info pour les journalistes. OK. C’est aussi un moyen de promouvoir leurs productions. La discussion y est possible, mais la limite des 140 caractères rend impossible la tenue des débats prolongés. Cela convient à certains journalistes ; ils n’ont pas à se justifier en longueur. D’autant que le destinataire d’un tweet peut choisir de ne pas répondre, c’est son droit. En quelques heures, un tweet est ainsi purement et simplement oublié.

– Sur friendfeed, les réponses/commentaires à un contenu « poussé » sur la plateforme sont vus par tout le monde. Si un journaliste inscrit sur friendfeed pousse un contenu qu’il a produit, que la discussion s’engage et qu’il n’intervient pas, il va être discrédité par la communauté. Or, participer demande du temps. Et tous les journalistes ne disposent pas de ce temps (ils ne sont d’ailleurs pas payés pour – à l’exception des quelques journalistes-animateurs de communauté).

les journalistes aiment que les choses aillent vite autour d’eux, mais sur le web ils observent plus qu’ils ne participent. Or, impossible de saisir les subtilités de l’outil sans s’y plonger (quitte à se planter). Le temps a déjà été long avant de voir les journalistes s’adapter à twitter ; il en faudra encore plus pour friendfeed, véritable flux ininterrompu d’informations venant de tous les horizons (twitter, facebook, delicious, digg, flickr, youtube, gtalk, etc.)

le développement de friendfeed risque de s’arrêter, ses concepteurs étant récupérés par facebook. On risque de ne plus parler de friendfeed dans moins de 6 mois.

Ce billet m’a été inspiré par une discussion avec Nicolas Gosset. Je vous invite à lire son billet publié tout à l’heure : Friendfeed : des liens pour comprendre, un annuaire pour découvrir.

Rich media : l’université en avance sur les grandes écoles

Il le dit tout de go : il veut former des « chefs d’orchestre ». « Ce qu’on fait est une première. On est des outsiders. À nous d’être innovants et de prendre des risques ». Et il sait de quoi il parle. Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique, n’en est pas à son coup d’essai en matière de formation au journalisme. Il a notamment participé à la création d’écoles de journalisme à Sciences Po Paris, Nice et Genève. Mais c’est la première formation orientée rich media à laquelle il donne l’impulsion. Dès la rentrée 2009, une licence professionnelle mention activités et techniques de communication spécialité journalisme et médias numériques sera lancée. Cela se passe à l’Université Paul-Verlaine de Metz (Moselle).

© UPV-M

Une vingtaine de places disponibles pour des étudiants ayant déjà validé au moins deux années post-bac. « La majorité a toutefois une licence ou une année de master », précise Arnaud Mercier. Sur les 81 dossiers reçus, 56 ont été pré-sélectionnés par une première commission. Les profils sont très variés. « Un gros tiers des candidats aux écrits viennent d’info-com à l’université de Metz. Certains ont souhaité rester une année supplémentaire à l’université pour profiter de cette formation unique. Il y a aussi par exemple trois BTS audiovisuel, mais aussi un étudiant qui sort d’un IUT de journalisme et qui a candidaté pour cette formation spécifiquement web ».

« Globalement, je les ai trouvés plutôt bons », avoue Arnaud Mercier. Les tests d’entrée étaient assez similaires à ceux que l’on propose aux étudiants qui souhaitent intégrer une école de journalisme : dictée (30 min), test de compréhension d’anglais (2h), rédaction d’article à partir d’un dossier (2h30), test de connaissance d’actualité et de culture générale (1h, sous forme de tableaux croisés). Après cette phase de pré-sélection, il reste aujourd’hui une trentaine d’étudiants à départager par des oraux qui auront lieu le 2 juillet prochain.

Un webzine pour seul journal école

« Ce que l’on propose, c’est l’avenir inéluctable du journalisme. Si l’approche fondamentale du métier reste la même, la compétence forte chez nous, ce sera le web. » Ceci se traduit par exemple par la volonté de mettre en ligne les productions des étudiants sur un site Internet. Pas question de faire un magazine papier. Quant aux reportages, ils devront comporter deux supports minimum (texte + son ou vidéo et photo), des liens, etc.

Pour Arnaud Mercier, il faut que ça devienne « évident » d’avoir une approche pluri-médias, « que les étudiants le portent en eux-mêmes et pas dans la complémentarité avec les autres. Je ne vois pas pourquoi ce n’est pas déjà évident de rentrer dans cette logique ».

Le cadre de l’université de Metz est favorable puisque le campus a développé depuis de nombreuses années une grosse culture informatique. La salle de cours de la licence pro sera une salle informatique. Les étudiants disposeront de caméras (notamment des mini-DV), de matériel de prise de son, d’appareils photos, d’une cabine d’enregistrement, de bancs de montage.  « J’ai dit que je n’ouvrirais pas si nous n’étions pas bien équipés », explique Arnaud Mercier. 75 000 euros de crédits d’équipement devraient arriver de la communauté d’agglométation Metz Métropole et de la Région. Une demande de subvention FEDER est aussi en marche.

Le pari de cette formation, qui est aussi un risque que reconnaît Arnaud Mercier, c’est que l’« on zappe la culture générale au profit de la culture Internet. On veut fabriquer des journalistes et des fins connaisseurs d’Internet. Je voudrais que mes étudiants soient porteurs d’innovation. En France, on peut être précurseurs et pilotes. On observe un nivellement des performances créatives ces dernières. Tout ne se passe plus uniquement aux États-Unis. »

J’avais invité les utilisateurs de twitter à poser leurs questions à Arnaud Mercier. Voilà ses réponses (vidéo réalisée avec un iPhone, faute de mieux sous la main) :

Merci à Guillaume Narvic (@narvic), Laurent Dupin (@ldupin), Mélissa Bounoua (@misspress), Cédric Motte (@chouing) et Antoine Bayet (@fcinq) pour leurs questions.

A lire aussi : « Arnaud Mercier, le pari du web journalisme », par Florent Potier sur le site de l’hebdomadaire La Semaine.

UPDATE le 2 juillet 2009 : Liste des admis pour la 1ère promotion [.pdf]

Un « SR 2.0 » en questions

Mon précédent billet sur les journalistes « spécifiquement desk » a suscité des réactions intéressantes. Certes, le statut d’éditeur web existe déjà depuis quelques temps, comme l’ont à juste titre rappelé certains commentateurs. Quelques interrogations dont nous pourrions débattre en commentaires…

Salle de rédaction du journal Libération en octobre 2007

Salle de rédaction du journal Libération en octobre 2007

Mais voilà, là où le papier avait droit à de véritables SR, l’Internet se trouve plutôt mal loti. OK, sur le web, il faut aller vite, mais de là à laisser tout — et n’importe quoi — passer ? Le commentaire de « Monsieur Kaplan », journaliste secrétaire de rédaction, résume bien la situation :

« Si certaines rédactions Web semblent découvrir l’utilité du SR, c’est peut-être parce qu’elles l’ont plus ou moins volontairement oubliée à leurs débuts, sous couvert d’une information plus rapide, plus directe… ou moins coûteuse. »

Et d’enfoncer le clou :

« On ne peut qu’encourager le Web a se doter de SR compétents, tout autant qualifiés que ceux du print. Corriger un papier, en vérifier le fond, en assurer la justesse (ou au moins la cohérence) orthotypographique, le titrer, le chapeauter, le mettre en ligne, etc. : autant de tâches qu’il convient de ne pas négliger et qui sont trop souvent expédiées à la va-vite (ou aux oubliettes). »

Au moment où j’ai écrit mon précédent billet, je me plaçais dans une optique d’un journalisme 100 % web (ou quasiment) au sein d’une moyenne ou grosse structure. Ou plus précisément d’un média « de référence » sur la toile : pure players « connus » créés par des journalistes ou sites d’info majeurs. Sur ce genre de sites, où les lecteurs s’attendent à trouver « de l’info et un peu plus que de l’info » (sous quelque forme que ce soit), l’organisation en interne ne pourra se résumer au seul journaliste ayant pour unique référent son rédacteur-en-chef.

Mais pour Eric Mettout, rédacteur-en-chef de l’Express.fr, c’est la même personne qui fera tout. Antoine Daccord, journaliste et community manager au Figaro.fr est du même avis : « chaque journaliste devient et devra, même doit (mais c’est déjà le cas dans certaines rédac (lepost encore)) devenir journaliste web-“animateur”. »

Ce journaliste-SR-community manager peut-il tout faire ? Certains le font déjà. Ils ont la trentaine (ou moins). Ils sont passionnés, aiment ce qu’il font. Et c’est tant mieux. Quid dans 10 ou 20 ans ? Pas sûr qu’ils voudront continuer à être multitâches (surtout la gestion de communauté).

Enfin, personne n’a vraiment rebondi sur l’aspect « recherchiste » de ce SR 2.0. Présent au quotidien au sein de la rédaction, celui-ci vit avec elle. Il sait mieux que le journaliste de terrain (souvent absent) ou le rédacteur en chef (souvent absent aussi) ce qui se passe dans la rédaction. Le SR 2.0 auquel je pense, c’est en quelque sorte :

– un veilleur hyperconnecté (et donc une force de proposition)

– une personne au point sur la publication de contenu

– un journaliste secrétaire de rédaction au sens actuel du terme

– une personne qui s’y connaît en réseaux sociaux pour la mise en valeur de contenus sur Facebook, Twitter, etc.

– un animateur rédactionnel de communauté

Ce type de journalistes secrétaire de rédaction existe déjà. Mais avec ce profil, il ne sont pas encore très nombreux. En PQR, pour chaque titre, les doigts d’une main doivent suffire. Connaissez-vous beaucoup de journalistes maîtrisant la publication de contenu, le crowdsourcing et le fast checking en dehors du microcosme parisien ? Même du côté des jeunes diplômés des écoles de journalisme, pas évident de trouver des profils à l’aise sur ces techniques.

Quoi qu’il en soit, une nouvelle génération de SR « spécifiquement web » va se développer. Si les choix budgétaires le permettent.

Vers des journalistes « spécifiquement desk » ?

Dans mon billet d’hier, je m’interrogeais sur les risques de ce que j’ai appelé le « indoor journalism » (ou desk journalism, si vous préférez). Référence à ces « forçats de l’info » qui ne mettent quasiment pas le nez dehors et restent devant leur écran, fil AFP, twitter, mail branchés, et téléphone à portée de main. Et pourtant, la profession va de plus en plus avoir besoin de « techniciens de l’info », des SR statiques hyperconnectés et hyperqualifiés, pour faire l’interface entre le journaliste sur le terrain, la publication du contenu et l’animation de communauté qui va avec.

ton3vita - flickr - CC

Actuellement, lors des « événements importants » (tremblements de terre, grands procès, voyages présidentiels, etc), les sites de presse font du « bâtonnage de dépêches » pour un suivi en temps réel. Un journaliste est pourtant présent sur le lieu de l’événement en question, pour le même titre ou groupe de presse, mais souvent pour la rédaction papier. Son article quotidien ou hebdomadaire publié dans le papier est aussi mis sur le site, après publication. Mais il n’écrit que très rarement un papier destiné uniquement au site Internet.

Un glissement va s’effectuer progressivement dans les mois qui viennent. Les journalistes web vont être envoyés en première ligne sur le terrain. Ces jeunes journalistes qui étaient habitués à travailler en milieu fermé, à faire du desk, vont sortir, « humer l’info » en vrai.

Comme l’a expliqué Lucas Menget, grand reporter « mojo » à France 24, invité par Philippe Couve dans l’Atelier des médias sur RFI (player à 515), le reporter sur le terrain est « avant tout reporter », il doit donc « aller à la rencontre des gens », ce doit être « sa priorité absolue ». Il ne peut donc pas s’attarder sur des soucis de mise en ligne. Lucas Menget se pose aussi la question de savoir si le métier de journaliste sur le terrain est « d’être en relation constante avec les gens qui le regardent ou qui l’écoutent ». Il évoque même un « petit aspect dangeureux » de la chose.

Vont donc, de facto, se créer de nouveaux postes « spécifiquement desk ». Leur boulot ? Être l’intermédiaire entre le journaliste et les webspectateurs.

En amont, ce « journaliste de bureau » aura un rôle de « recherchiste » — comme on les appelle au Québec — : quête de sujets à décortiquer et de gens à interviewer, préparation des dossiers dont s’inspirera le journaliste pour explorer un sujet. Mais en cas d’actu chaude, dès l’annonce d’un événement majeur, ce recherchiste fera du fast checking, de la vérification rapide d’information. Son objectif sera de préparer un dossier pour le journaliste-web qui se rendra sur le terrain et de faire une première analyse.

Ensuite, il aura un rôle de SR : la relecture, remise en forme du contenu, travail sur la titraille. Puis la véritable mise en ligne sur le site de l’article. Et enfin l’animation rédactionnelle de communauté, le côté conversationnel. Ce SR 2.0 ne sera pas un simple technicien, ce sera un journaliste à part entière, mais un journaliste d’intérieur.


Le titre de ce billet est inspiré d’un échange sur twitter avec Olivier Tesquet.

Le danger du ‘indoor journalism’

Perdus entre « air du temps » et « humeur du moment », privilégiant de plus en plus l’actualité du jour à l’observation rigoureuse sur le plus long terme, on oublie parfois l’essentiel : sortir.

Le musée de la presse (charles_nouyrit - Flickr - CC)

C’est un conseil que donne tout journaliste de la « vieille école » aux jeunes qui se lancent dans le métier : humer. Sortir pour respirer et sentir ce qui se passe autour de soi. Cela passe par des choses simples : aller boire un café dans un bistrot plutôt qu’à la rédaction le matin, ou sortir boire une bière (un verre de vin, ou un Perrier, c’est selon) après une journée de travail. Bref, rencontrer des gens extérieurs à la profession, tendre l’oreille aux discussions de comptoir. Écouter battre le cœur de la « France d’en bas », comme disait un ancien Premier ministre. Ce n’est pas chose facile, alors qu’il faut être à 100 % et à 1000 à l’heure tous les jours. Mais il faut savoir trouver le temps.

Le flux d’information est tel que l’on oublie parfois cette chose essentielle du métier. Elle est pourtant valable aussi bien pour les journalistes de PQR au fin fond du Calvados (j’étais à Vire l’été dernier), que pour les journalistes d’une rédaction web parisienne. Le débat autour des « forçats de l’info », lancé par la publication d’un article de Xavier Ternisien dans Le Monde, qui dénonçait les conditions de travail dans les rédactions sur les sites de presse, est là pour nous le rappeler. Ce papier a eu le mérite de « faire émerger une conscience [des journalistes travaillant sur le web] », comme l’a dit Vincent Glad. Et de susciter beaucoup de réactions, mais surtout beaucoup de questions.

Un « nouveau métier qui a ses propres codes » a été inventé depuis quelques temps, celui de « journaliste web ». Il reste mal compris par « les gens du papier », c’est vrai. Ce que les gens du papier ne comprennent vraiment pas, c’est que les journalistes web donnent l’impression de peu sortir, d’être « comme des poulets en batterie » devant leur écran. C’est chose vraie dans un certain nombre de rédactions web où se fait du « bâtonnage de dépêches » et où, en dehors d’événements exceptionnels (du type Congrès de Reims), les journalistes ne sortent que très peu de leur bocal. Le seul contact avec le « monde extérieur » (si vous me le permettez), c’est le téléphone. De même, Twitter ne doit pas empêcher de sortir (lire ce billet). S’enfermer, faire du indoor journalism, c’est très dangereux pour la profession et l’image qu’elle donne d’elle-même. Le problème est aussi interne. Les rédactions papier et web étant globalement séparées au sein des médias français, les crispations en interne — qui ne sont pas nouvelles — sont exacerbées.

Certes, le web est dorénavant « une source d’information à part entière » et « un nouveau terrain de reportage ». Mais « il ne remplace par le travail de terrain » comme l’a, à juste titre, rappelé Johan Hufnagel, rédacteur-en-chef de Slate.fr, dans l’émission Arrêt sur images du 5 juin. Cela commence déjà, mais dans un avenir proche, les journalistes web seront en première ligne sur le terrain là où aujourd’hui ce sont ceux du papier.

Cette présence sur le terrain au quotidien — et pas seulement lors des grands événement — est une question essentielle dont il faudra discuter dans les jours et semaines à venir. Des occasions se présentent et sont ouvertes à tous les journalistes :

– le lancement du Djiin, association pour le développement du journalisme, de l’information et de l’innovation numérique. Un « café des OS » est prévu le jeudi 18 juin.

– un premier « débat des forçats de l’info », qui se tiendra le 23 juin prochain à l’école de journalisme de Sciences Po.

La profession se regarde peut-être trop le nombril (aux dires de certains), mais c’est un passage qui semble s’avérer plus que nécessaire. Que les lecteurs nous pardonnent.

L’ancienneté sur les réseaux sociaux : prime au mérite ?

Alors que nous sommes largement entrés dans l’ère des médias sociaux, force est de constater que tous les utilisateurs ne sont pas égaux dans leur utilisation des outils. N’ayant pas la même rapidité ou facilité d’appropriation, c’est leur perception par les autres utilisateurs qui établira leur « réputation ». D’où mon interrogation du moment : l’ancienneté compte-t-elle ?

N’ayant pas trouvé d’études sur le sujet, je vous livre ici quelques réflexions. J’ai choisi de m’intéresser à 3 réseaux sociaux emblématiques : MySpace, Facebook et Twitter.

La course aux amis, premier réflexe du newbie

Lorsque MySpace était le réseau social n°1, ce qui comptait pour être reconnu comme « influent », c’était le nombre d’amis et le nombre d’affichage. La date d’inscription a finalement peu importé. Ce qui prévalait, c’est opération réseautage avec une approche quantitative : le plus d’amis, le plus vite possible. Cette course a encore cours car MySpace, et notamment sa branche MySpace Music où les artistes et groupes inscrits visent uniquement à trouver de la visibilité : une présence dans le « top friends » et sur le wall.

L’ouverture de Facebook a vu la même « course aux amis » se déclencher. Celle-ci s’est renforcée, il y a quelques mois, avec l’arrivée des « migrants » venus de MySpace (en perte de vitesse). Ceux-ci commençant par créer un profil pour leur groupe (à la MySpace) putôt que de créer une fan page. Méconnaissance de l’outil et de ses usages… C’est là que les plus anciens jugent les nouveaux arrivants. Et pour ces outils au début réservés à un cercle d’initiés, il faut un temps d’adaptation, même aux meilleurs.

Sans compter qu’au début, « Ça fait bien d’être « amis » avec des peoples » pour acquérir une notoriété dans la communauté. Mais au bout de quelques semaines à quelques mois, on s’aperçoit souvent que cet ajout frénétique ne mène à rien, ou presque. Surtout lorsque l’on ne maîtrise pas l’outil. Ceux qui n’ont pas compris le fonctionnement des « groupes d’amis » et les newsfeed qui en découlent, ou la fonction « hide » (bien pratique contre les posteurs frénétiques) sont vite déboussolés.

Ce qu’on observe aussi, c’est que celui qui aura un trop grand nombre d’amis sera jugé suspect par la communauté, ou sera même l’objet de moqueries. D’où un écrémage : la suppression des « amis » qui ne l’étaient pas. Ce qui compte, c’est n’est plus vraiment le nombre de contacts, mais plutôt ce que l’on fait avec eux. Petit à petit, on supprime les gens avec qui l’on n’entretient pas de relations régulières, ou que l’on ne juge d’aucun intérêt.

Mes connaissances ou mon comportement sur une plateforme sociale ?

Sans revenir sur la notion de « friend » mainte fois débatue sur la toile, les réseaux sociaux sont ce que l’on en fait. Les filtres d’acceptation comme celui de facebook sont un bonne chose pour se constituer une liste de personnes/partenaires de confiance. Le social spamming provoque progressivement la prise de conscience engendrant un assainissement des réseaux. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout verrouiller, non, mais plutôt qu’un filtrage a priori et a posteriori est nécessaire.

Une fois le réseau constitué, débute une phase de consolidation. Les réseaux sociaux ont fait apparaître le « peer-to-peer trust » dont parle Jeremiah K. Owyang du cabinet Forrester Research dans son étude The Future of the Social Web. Cette étude parle du marketting mais explique clairement l’apparition d’une confiance accordée à des utilisateurs influents. Ceux-ci sont souvent inscrits de longue date sur la plateforme et en maîtrisent les codes.

Cette « réputation » s’acquiert à l’usage. Et il faut du temps pour s’approprier l’outil. La date d’inscription au réseau n’est pas présentée. Mais c’est à l’usage de Facebook en tant qu’outil que l’on connaîtra l’ancienneté d’un membre. Et notamment par sa facilité à engager une conversation ou sa gestion habile du commentaire de status ou de l’écriture directe sur le wall.

Le meilleur pour la fin : Twitter. Là, plusieurs éléments sont à prendre en compte : le nombre de following/followers, qui indiquera votre influence, mais aussi votre engagement dans la conversation (retweet, questions-réponses, etc.) Le renseignement des champs « bio« , « location« , et un lien vers le site Internet compteront aussi. Une présentation claire et précise aura beaucoup plus de valeur qu’une blague potache et un flou artistique. Twitter a ceci de particulier que le rapport entre deux utilisateurs est asymétrique (comme l’a très bien montré Nicolas Gosset). L’outil est assez facile d’usage, mais les utilisateurs sont assez hermétiques aux nouveaux venus (incompréhension du principe de conversation, méconnaissance des outils de tinyurl, ignorance du follow back, « oubli » de la source, etc.). Les membres les plus anciens (2 ans et demi au grand max) sont très exigeants vis-à-vis des nouveaux membres. Si bien qu’il est assez difficile de se faire une place sur twitter si l’on n’est pas hyper-pertinent et hyper-réactif.

Sur les réseaux sociaux, les anciens « chambrent » les nouveaux. Les bizuts se doivent de comprendre vite sous peine d’être unfollowés, c’est-à-dire mis à l’index, au moins pour un temps. Mais il convient de s’accrocher. Le vrai réseau social est celui que je nourris, que j’anime ici et là, ce sont mes traces sur le web. Mieux vaut y arriver tard que de se faire dépasser par les événements.

Mon compte twitter : http://www.twitter.com/stevenjambot